Fabien Roussel : face à Trump, « c’est notre indépendance dans tous les domaines qu’il faut défendre »
Face à l’offensive de Washington contre l’Europe, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, juge que l’Otan devient « caduque ». Il appelle à retrouver une autonomie diplomatique.
Pour Fabien Roussel, face aux attaques de Donald Trump, l’Union Européenne doit retrouver une autonomie diplomatique en dehors de l’Otan.
© Omar Havana / GETTY IMAGES EUROPE / Getty Images via AFP
Donald Trump a annoncé une taxe de 25 % sur les produits européens. Comment réagissez-vous ? Est-ce une déclaration de guerre commerciale ?
Fabien Roussel
Secrétaire National du PCF
Les États-Unis n’ont en réalité jamais cessé de nous faire une guerre commerciale. Ils le font désormais à visage découvert. Ces droits de douane, s’ils venaient à être appliqués, nécessiteront une réponse ferme de la part de l’Europe. En réalité, la prise de position de M. Trump va obliger à la clarification. À Bruxelles, une partie de l’élite européenne va devoir sortir de son ambiguïté : ou elle défend les intérêts des peuples en Europe ou elle s’accroche au libre-échange qui nous fait tant de mal.
Dans cette guerre économique, l’Union européenne doit appliquer ce qui se pratique ailleurs : la commande publique doit être un levier puissant pour soutenir nos PME et nos entreprises face à ce choc considérable qui se dessine. Clarification aussi à Paris. Qu’il me soit d’ailleurs permis de relever que le RN n’utilise qu’un mot pour défendre la France face à cette agression. En effet, Mme Le Pen et M. Bardella appellent à « collaborer » avec Trump. Comme toujours, la collaboration, jamais la résistance…
Ces annonces sont-elles l’occasion de remettre à plat notre dépendance diplomatique vis-à-vis des États-Unis ?
C’est notre indépendance dans tous les domaines qu’il faut défendre : diplomatique, énergétique, industrielle. Nous sommes les seuls à avoir porté, depuis des années, avec constance, la nécessité d’une réelle autonomie stratégique de la France, dans l’Europe. L’Union européenne s’est enfermée dans le suivisme, diplomatique et militaire, via l’Alliance atlantique, sur les stratégies états-uniennes.
Économiquement, une partie de la classe politique a vendu la France à la découpe aux Américains – je pense, par exemple, à la branche énergie d’Alstom vendue à General Electric en 2014. Nous avons néanmoins des atouts : la France et l’Europe sont incontournables. Ne doutons pas de nos forces. Ce moment peut être l’occasion de reconstruire puissamment notre industrie.
Ces déclarations s’inscrivent dans une offensive plus générale contre l’Europe – sur le plan diplomatique comme idéologique. Selon vous, la réponse diplomatique de la France et de l’UE est-elle à la hauteur ?
De toute évidence, à travers les décisions de Trump, autant que par les ingérences de J. D. Vance ou Elon Musk, le nouveau pouvoir américain veut déstabiliser toutes les nations d’Europe et favoriser l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Comme Poutine d’ailleurs. C’est à cette fin qu’il promeut une idéologie identitaire, nationaliste et ouvertement raciste.
La réponse des dirigeants actuels de l’Union européenne est pitoyable, dépourvue de la plus élémentaire dignité. Quant à l’Otan, elle est devenue caduque.
Quelles nouvelles alliances la France et l’Union européenne doivent-elles nouer ?
En lieu et place de l’Otan, l’Europe doit s’orienter vers une autonomie stratégique à laquelle elle a totalement renoncé, permettre à ses nations de conclure entre elles des accords de défense mutuels rompant avec l’alignement atlantiste d’hier, définir une politique de paix débouchant sur la négociation d’un traité de sécurité collective pour l’ensemble du continent. Il faut arrêter avec le deux poids deux mesures en matière de droit international comme on le voit en Palestine dont Trump veut faciliter l’annexion par l’actuel pouvoir israélien.
Droits de douane : quelles répercussions pour l’économie européenne après les annonces de Donald Trump ?
Et s’orienter vers de nouvelles coopérations solidaires avec les Brics, avec les pays que l’on appelle désormais du « Sud global ». Ni allégeance ni alignement mais dialogue et diplomatie, voilà les deux lignes que nous devons défendre au service de la Paix. Cela n’empêche pas d’être ferme sur des principes et le respect des règles internationales, en remettant l’ONU au cœur des enjeux mondiaux. C’est au service de ces objectifs que la France doit récupérer une voix forte et souveraine.
Pour finir, les États-Unis entendent régler le conflit en Ukraine en organisant un dialogue avec la Russie, sans l’Europe. Que penser du « deal » américain sur les terres rares en Ukraine ?
Je n’ai cessé de dire : « Il n’y aura aucune issue militaire à ce conflit. » On s’en rend compte maintenant….
Mais que de temps perdu après l’invasion par la Russie de l’Ukraine et son cortège de morts et d’horreurs. Trump ne pense qu’à une chose : l’argent. C’est un businessman. Comme Poutine, c’est un oligarque. Il faut négocier et penser aux peuples d’abord, ukrainien, européens, russe ! Et ne pas suivre les gouvernements qui veulent nous entraîner dans la surenchère guerrière avec la Russie.
Publié le 27 février 2025
Cyprien Caddeo